Je te le dis comme je le dirais à quelqu’un qui débarque chez nous avec des étoiles dans les yeux : c’est correct de rêver, mais si tu commences par rêver “légumes”, tu vas te faire ramener au réel par trois affaires : l’eau, le temps, puis le désherbage. Toujours.
Avant de parler de variétés, de serres, de bio, de “projet de vie”… faut choisir ton modèle. Pas pour te mettre dans une boîte — pour que ta première saison se tienne debout.
Le point de départ (la question qui décide presque tout)
À qui tu veux vendre?
Parce que tu peux produire plein d’affaires… mais si tu sais pas où ça s’en va, tu vas finir avec un jardin magnifique et un frigo trop plein.
Je te donne une règle simple, celle qui sauve les débuts :
👉 1 canal principal + 1 petit canal secondaire.
Le reste, tu le feras quand tu auras une saison dans le corps.
- Paniers : stable, mais faut livrer, semaine après semaine.
- Marché public : payant, mais faut être là, beau, constant.
- Kiosque : excellent si le monde passe devant.
- Restos : le fun, mais ils veulent de la fiabilité (et ils t’oublient vite si t’es pas constant).
Les 4 modèles qui marchent le mieux quand tu commences (au Québec)
Je te les décris comme on se parle, pas comme un PDF.
- A) Micro-maraîchage intensif (petite surface, tu veux apprendre vite)
Ça, c’est le modèle “je commence petit, mais sérieux”.
Tu fais moins de surface, mais tu t’organises bien : planches, rotations simples, arrosage propre, et tu vends du stock beau.
Bon si :
- t’as pas 40 heures par semaine,
- t’as accès à l’eau,
- tu veux apprendre sans te noyer.
À surveiller :
- si t’es pas organisé, ça devient vite une jungle.
- B) Plein champ léger (plus d’espace, tu veux pas te casser le cerveau)
C’est le modèle “j’ai de la place, je choisis des cultures tough, puis j’arrête de m’inventer des complications”.
Bon si :
- tu veux des cultures robustes,
- tu veux pas courir après des trucs fragiles,
- tu veux étirer ça tranquillement.
À surveiller :
- le désherbage… si tu ne planifies rien, c’est lui qui planifie ta vie.
- C) Serre / tunnels (saison plus longue, mais plus de gestion)
C’est le modèle “je veux sécuriser mon été québécois”.
Ça donne un gros boost, mais faut respecter la bête : chaleur, ventilation, irrigation, suivi.
Bon si :
- t’es prêt à gérer un peu plus technique,
- tu veux vendre des produits à forte valeur (tomates, concombres, basilic…).
À surveiller :
- le piège classique : acheter la serre avant d’avoir une clientèle.
- D) Urbain / périurbain (terrain prêté, coin en ville, projet “en attente”)
Celui-là, je l’aime bien, mais il faut le cadrer : ententes claires, accès à l’eau, et parfois bacs/planches surélevées.
Bon si :
- tu veux être proche des clients,
- tu veux commencer sans acheter une ferme.
À surveiller :
- si tu n’as pas une entente claire, tu peux te faire couper l’herbe sous le pied (littéralement).
La mini-grille “30 minutes” (pour trancher sans niaiser)
Réponds honnêtement :
- Ton temps réel : 10h / 20–30h / 40h+ par semaine?
- Ton eau : t’en as une, fiable, proche?
- Ton sol : correct, ou douteux? (urbain/remblai = souvent douteux)
- Tes ventes : t’as déjà du monde intéressé, oui/non?
Puis tu choisis :
- peu de temps + eau OK → micro-maraîchage intensif
- beaucoup d’espace + ventes locales → plein champ léger
- tu veux sécuriser la saison + budget → serre/tunnels
- terrain instable mais proche des clients → urbain/périurbain
Les erreurs qui tuent une première saison (et que tu peux éviter)
- Trop de cultures : tu vas courir tout l’été.
→ Commence avec peu, répète, deviens bon. - Équipement avant ventes : tu vas payer pour ton rêve au lieu de le financer.
→ Trouve tes ventes, ensuite tu upgrades. - Eau pas réglée : tu vas arroser au seau et haïr ta vie.
→ Eau d’abord. Toujours.
Le but de l’année 1 (vraiment)
Le but de l’année 1, c’est pas “devenir fermier sur internet”.
C’est : faire une saison complète (même petite), apprendre ce que ton terrain et ton horaire te permettent, puis ajuster.
Prochain article : le terrain. Parce que ton modèle, sans terrain qualifié, c’est juste une intention.



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